Le bon état sanitaire des reproducteurs, en particulier celui des étalons, est un enjeu essentiel pour la filière.

La Fédération des Poneys et Petits Chevaux de France a inscrit, entre autres, dans son programme, les deux actions suivantes : « Harmoniser les règles sanitaires pour les équidés mis à la reproduction » et « Accroître la notoriété et la diffusion des races de berceaux français à l’international ».

 La conquête du marché international impose en effet que l’effectif équin respecte le standard sanitaire européen…

 

Ce standard sanitaire européen a été mis en place pour garantir, au niveau des échanges, la santé des chevaux et la salubrité des semences équines vis à vis des trois maladies que sont l’anémie infectieuse des équidés (AIE), l’artérite virale (AVE) et la métrite contagieuse des équidés (MCE).

La réglementation française de l’insémination artificielle (IA) reprend pour la semence équine diffusée sur le marché national, le contrôle de ces trois maladies mais les tests sont moins poussés que lors d’échanges intra communautaires ; de plus, la vaccination contre la grippe équine et la rhino-pneumonie est imposée aux étalons utilisés en IA sur le territoire français.

Depuis la suppression de la réglementation sanitaire de la monte publique en 2006, le niveau de contrôle des étalons utilisés en monte naturelle est décidé par chaque race et inscrit dans leur règlement de stud-book:

-        22 races ont opté pour des exigences sanitaires allant du seul dépistage de l’AVE (niveau 2 du standard sanitaire français) à un niveau équivalent au standard IA (niveau 4)

-        29 races sur 51 n’imposent depuis 2006 plus aucune obligation sanitaire.

 

L’objectif d’harmonisation des règles sanitaires sur les reproducteurs mâles vise à garantir l’absence de transmission des maladies équines à l’occasion de la monte et à diminuer la prévalence de ces maladies dans les effectifs équins, ce qui facilitera les échanges internationaux.

 

La Fédération des Poneys et Petits Chevaux de France propose de créer un niveau sanitaire intermédiaire (niveau 3bis) comportant les dépistages de l’AIE, de la MCE et de l’AVE selon le protocole « allégé » ainsi que les vaccinations contre grippe et rhino-pneumonie.

Ce protocole 3bis légèrement inférieur au niveau requis pour l’IA (niveau 4) présente l’avantage d’un coût moindre sur la durée sans pour autant perdre les garanties sanitaires visées (Annexe).

 

 L’impact sanitaire des maladies cibles

 

  • L’anémie infectieuse des équidés (AIE)

 

La dispersion de l’AIE est mondiale. En Europe, des foyers ont été déclarés en 2010 en Allemagne, Belgique, France, Grèce, Hongrie, Italie, Royaume-Uni et Croatie et la maladie est endémique en Roumanie. De nombreux cas diagnostiqués dans les Etats membres sont des chevaux originaires de Roumanie. Une instruction européenne spécifique aux chevaux en provenance de Roumanie existe depuis 2007 et a été renforcée en 2010.

En France, on constate des foyers d’AIE de façon continue depuis un peu plus de 10 ans pas tous liés aux importations de chevaux de Roumanie. Au printemps et été 2009, l’assainissement du foyer du Var a paralysé la filière sport, loisir et course en PACA dans 5 départements. En 2010, c’est en Dordogne, en race TF qu’un nouveau cas a été dépisté et les enquêtes épidémiologiques ont révélé des contaminations datant de plus de 10 ans ; un nombre très important de chevaux « contact » ont dû être testés dans le cadre des mesures réglementaires (Maladie Réputée Contagieuse [MRC]).

En cas de foyer d’AIE, les établissements concernés se trouvent « bloqués » pendant plusieurs mois, les tests devant être renouvelés après 90 jours ce qui génère une perte économique importante pour la filière.

La semence des étalons infectés est contagieuse et l’infection intra-utérine est possible mais rare d’où un impact potentiel de cette maladie sur l’élevage.

Le dépistage préventif de l’AIE par test sérologique (test de Coggins) est peu coûteux et très fiable. Dans le contexte européen actuel, le dépistage des reproducteurs mâles imposé tous les 3 ans permet une veille très satisfaisante de cette maladie pour un coût global modéré.

 

  • La métrite contagieuse équine (MCE)

 

La prévalence de la métrite contagieuse a beaucoup diminué avec le développement de l’IA et est actuellement très faible en France : 1 cas en 2011, 2 cas en 2010, moins de 10 cas par an au cours des 3 années précédentes. C’est principalement la race TF qui a été touchée et qui de ce fait a renforcé, dans son règlement de stud-book, les obligations sanitaires à appliquer dans les foyers.

Des cas ponctuels de métrite ont été déclarés dans les 3 dernières années aux USA et en UK mettant en cause des étalons demi-sang importés.

La métrite est une maladie dont la diffusion se fait principalement par la monte naturelle : suite à la contamination d’un étalon par une jument atteinte, ce dernier va contaminer toutes les juments de son harem qui peuvent rester contagieuses plusieurs années consécutives en l’absence de traitement. Le coût d’assainissement d’un foyer métrite est considérable car les reproducteurs suspects et contaminés doivent être dépistés par des écouvillonnages génitaux multiples pratiqués 3 fois consécutives pour s’assurer de l’assainissement total après traitement antibiotique.

 

C’est ce qui explique que les éleveurs de races pur sang et AQPS qui pratiquent exclusivement la monte naturelle, contrôlent systématiquement tous les étalons et toutes les juments avant la saillie.

Le dépistage préventif des étalons par un écouvillonnage unique sur la fosse urétrale permet une veille efficace de cette maladie à un coût qui reste modéré.

Il doit être pratiqué tous les ans assez tôt avant les premières saillies pour permettre le traitement d’un étalon révélé positif avant le début de la saison de monte et assurer l’information des éleveurs dont les juments ont été saillies depuis le précédent test négatif.

 

  • L’artérite virale équine (AVE)

 

L’épidémie d’artérite virale qui a touché les races de trait et de sport en Normandie en 2007 a permis de faire progresser la connaissance épidémiologique de cette maladie.

Le virus en cause, d’une souche « pathogène », a provoqué des avortements, la mortalité de jeunes poulains et une baisse de fertilité avec une diminution du nombre de naissances l’année suivante. Les conséquences économiques pour l’industrie équine ont été relativement modérées grâce à la mise en œuvre rapide de mesures sanitaires par la filière dès l’identification du virus en cause.

A posteriori, il a été démontré que l’origine de cette souche virale « pathogène » se trouvait chez un étalon de trait porteur excréteur depuis plusieurs années d’une souche connue « non pathogène », qui avait subi une mutation.

A la suite de cette épidémie, une vague importante de dépistages a été réalisée sur les étalons en activité notamment tous les étalons nationaux. Ce suivi rapproché d’effectifs importants a permis d’identifier que la transmission du virus était possible à partir des porteurs excréteurs vers des étalons sains, sans doute par les litières, sols de paddocks ou de marcheurs contaminés par le virus.

Il est donc avéré qu’un étalon porteur sain excréteur de virus dans le sperme est toujours porteur d’une souche potentiellement dangereuse à moyen terme et qu’il fait courir un risque autant aux juments qu’aux autres entiers de son environnement.

Le protocole « allégé » de dépistage de l’AVE consiste à vérifier que les étalons séropositifs ne sont pas excréteurs dans le sperme. Une fois le statut « séropositif non excréteur » établi pour un étalon, un contrôle sérologique annuel permet de vérifier la stabilité de ce statut, sachant qu’aucun cas d’évolution du statut « séropositif non excréteur » n’a été décrit jusqu’à présent dans la bibliographie.

La recherche du virus de l’artérite dans le sperme d’un étalon exploité en IA dans une infrastructure adaptée ne pose pas de réel problème tandis que le prélèvement d’un étalon habitué à la monte naturelle se révèle contraignant et coûteux ; les étalons en IA réalisent en général un nombre conséquent d’inséminations qui justifie des contrôles annuels. Le protocole « allégé » de dépistage de l’AVE présente surtout un intérêt pour les étalons exploités en monte naturelle qui pour certains saillissent un très petit nombre de juments.

Il faut toutefois avoir conscience que la mise en place du dépistage de l’AVE dans un effectif non contrôlé va mettre en lumière des étalons excréteurs dont la carrière de reproducteur sera de ce fait remise en cause ; actuellement, un étalon excréteur est retiré de la monte ou exploité en monte naturelle avec une dérogation du Président du stud-book concerné en respectant un protocole en harem fermé qui garanti la non diffusion du virus ; ce mode d’exploitation qui autorise le maintien de la carrière de reproducteur, s’avère toutefois très pénalisant pour l’exploitant. D’après la littérature, un étalon contaminé par l’AVE reste porteur excréteur dans 10 à 40% des cas. Sur l’effectif des étalons nationaux non vaccinés contre l’AVE qui ont été testés en 2007, 26% étaient séropositifs et 19% des séropositifs se sont révélés excréteurs soit 5% des étalons testés (source JRE 2008). Cette valeur de 5% est sans doute surévaluée pour les étalons FPPCF car les conditions d’exploitation des étalons nationaux les exposent certainement plus au risque AVE que des étalons utilisés en monte naturelle dans des harems moins importants et plus stables.

 

  • La grippe équine

 

La vaccination contre cette maladie virale respiratoire et très contagieuse est obligatoire en France pour tous les rassemblements. Une épidémie de grippe équine peut se révéler très pénalisante dans des effectifs non vaccinés, comme en Australie en 2007.

Récemment dans l’Orne, un élevage de chevaux de trait non vaccinés a subi de lourdes pertes dont des poulains de quelques jours, suite à l’arrivée d’un cheval en cours d’incubation de grippe. La monte fait partie des situations où le risque de transmission est augmenté et la vaccination des reproducteurs reste la meilleure prévention pour un coût modéré.

 

  • La rhino-pneumonie

 

L’Herpès virus responsable de la rhino-pneumonie équine peut se manifester sous la forme de maladie respiratoire, nerveuse ou abortive selon l’état physiologique et l’âge des chevaux touchés. Rien que sur le 1er trimestre 2011, le RESPE a déclaré 4 foyers de rhino-pneumonie nerveuse (62-34-76 et 94), une épidémie de forme nerveuse et respiratoire dans le Val d’Oise (95), 3 foyers de forme respiratoire (95 et 35), 1 foyer de forme nerveuse et abortive (61) et 7 foyers de forme abortive (61-85-01-07-50 et 34).

L’efficacité de la vaccination contre la rhino-pneumonie n’est possible que si 80% des effectifs de chevaux de toutes les tranches d’âge sont vaccinés. C’est donc bien une prévention vaccinale collective qui s’impose pour limiter les pertes importantes dues à cette maladie qui reste la principale cause d’avortement infectieux.